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Pathfinder Force
Pourquoi la PFF ?
La faible efficacité des bombardements nocturnes
:
Opérant de nuit, les équipages du Bomber Command estimaient
obtenir de bons résultats dans leurs opérations de bombardement stratégique
contre les industries allemandes.
Néanmoins des doutes au sujet de leur
efficacité émergèrent au vu de l'ampleur de l'offensive allemande sur le front
russe en 1941 (opération Barbarossa, invasion de l'URSS). Les résultats de 4000
sorties du Bomber Command contre 100 objectifs en juin-juillet furent alors
examinés en détail. Afin de mesurer les résultats, des appareils photo furent
installés dans les avions et synchronisés avec l'impact des bombes.
L'analyse
des résultats fit l'effet d'un coup de massue. Au-dessus de la zone industrielle
stratégique de la Ruhr un bombardier sur dix larguait ses bombes à moins de 5
miles (8km) de l'objectif. Sur les autres objectifs ce chiffre " montait " à un
bombardier sur cinq.
La médiocrité de ces résultats s'explique par plusieurs
facteurs.
Tout d'abord les problèmes de navigation, en effet au-delà de 200
miles (320 km) le guidage par radio n'était pas possible et les navigateurs
devaient effectuer des estimations de la position de l'avion avec des paramètres
eux-mêmes estimés tels que la dérive due au vent. Ils pouvaient utiliser les
compas mais avec une dose d'incertitude, de même pour la navigation avec un
sextant par rapport aux étoiles. Enfin naviguer à vue au-dessus d'un territoire
la nuit est extrêmement difficile.
Ensuite la tension due aux conditions de
vol : la nuit, en profondeur en territoire ennemi, avec la menace de la flak et
les lumières des projecteurs… Avec également les dangers liés au vol en
formation la nuit, feux de position évidemment éteints. Et enfin, n'oublions pas
les chasseurs de nuit…
Enfin, la difficulté d'identifier un objectif de
nuit, en effet la nuit et vu de 6000 mètres rien ne ressemble plus à une
concentration de lumières qu'une autre concentration de lumières… D'autant plus
qu'au-dessus de la Ruhr, les équipages avaient parfois le sentiment que de
toutes façons leurs bombes tomberaient sur un objectif
intéressant.
Tous ces problèmes n'étaient pas insolubles. En
particulier, les problèmes liés à la navigation allaient déboucher sur la mise
au point d'équipements spécifiques tels que le Gee et l'Oboe. La difficulté
d'identifier un objectif mena à la mise au point du H2S. Elle mena également à
la création de la Pathfinder Force (PFF), qui prit d'ailleurs une part active
dans le développement de ces outils.
Les hommes :
Le commandement de la
Pathfinder Force fut confié à Donald Benett.
Cet Australien était un pilote expérimenté, ancien
d'Imperial Airways, qui s'était engagé sans hésiter avec la volonté de faire
profiter l'armée de son expérience. Après avoir organisé le convoyage d'avions
au dessus de l'Atlantique, des USA au Royaume Uni, il intégra enfin des
fonctions plus opérationnelles comme commandant du 77 squadron du Bomber
Command. Son expérience de pilote de long courrier lui donnait une sensibilité
particulière quant aux problèmes de navigation. Au sein de ce squadron, il
généralisa l'emploi d'appareils photo coordonnés avec l'impact des bombes afin
d'évaluer la précision des bombardements et de stimuler les efforts des
équipages en ce sens. En parallèle, il tenta de faire accepter son idée de créer
un corps d'élite chargé de marquer les objectifs afin de faciliter la visée des
bombardiers..
En juillet 1942 il obtint enfin le commandement de la
Pathfinder Force, dont le quartier général fut établi à Wyton. Néanmoins la PFF
n'existait alors que sur le papier… Benett participa tout d'abord à la mise au
point du système H2S, puis se préoccupa de trouver les membres de la PFF. Il
participa ensuite au développement du système Oboe, ce développement étant
effectué au sein du 109 squadron, au cœur de la Pathfinder Force.
Benett est
un personnage clé dans l'histoire des Pathfinders, puisqu'il en fut l'initiateur
et le meneur, et qu'il a toujours pris position clairement en faveur de tout ce
qui pouvait servir la PFF et permettre d'assurer son bon fonctionnement en
maximisant son efficacité. Il possédait un charisme certain ainsi qu'une très
grande expérience, et était considéré comme un exemple par ses hommes, à tel
point que certains considéraient que quel que soient leurs résultats, il aurait
pu faire au moins aussi bien à leur place .
Les navigants :

le flight A du
627 squadron
Les Pathfinders sont expérimentés et spécialement
entraînés, constituant un groupe à part.
Les équipages de la Pathfinder Force
ont tous obligatoirement un tour d'opération derrière eux, soit trente sorties
opérationnelles. Ils sont sélectionnés selon leurs aptitudes et suivant le
principe du volontariat. Une des particularités du service en tant que
Pathfinder est que le tour d'opération est alors porté à soixante sorties
opérationnelles, soit le double de la normale. En effet dans l'esprit des
initiateurs de la PFF il était nécessaire de mettre à contribution au maximum
ces équipages très expérimentés et de grande valeur. Malgré cette difficulté et
le risque qu'elle représente, le nombre de candidatures a toujours été supérieur
au nombre de places disponibles. Cela s'explique par le prestige de ce rôle, les
Pathfinder formant une élite. Cette élite possédait même une distinction
spéciale sous la forme d'un badge distinctif aux couleurs de la PFF.
La
fierté d'appartenir à la Pathfinder Force est illustrée simplement avec le 627
squadron. En avril 1944 le commandant du 5 group obtint que ce squadron, jusque
là intégré au 8 Group, passe sous sa responsabilité et soit donc transféré au 5
Group. Après ce transfert, les membres du 627 squadron conservèrent leur badge
de la PFF et estimaient appartenir légitimement non au 5 Group mais à la PFF
(donc le 8 Group)..
Cette fierté peut aussi avoir son revers. Charles
Patterson, au sein du 105 squadron et du 2 Group, s'était spécialisé dans la
couverture par photo ou caméra des opérations diurnes de Mosquito, pour en
mesurer l'efficacité. Il livre une opinion amère sur les Pathfinders (traduit du
livre de Martin Bowman Mosquito bomber / fighter-bomber units 1942-45, Osprey
Combar Aircraft n°4) :
" Noël passa et le temps devint mauvais en janvier
1943, et je n'effectuai alors que deux missions. Nous nous sommes tous installés
pour nous entraîner en vue d'une attaque de jour à basse altitude sur les abris
à sous marin Burmeister et Wain à Copenhague, mais il y eut à l'époque un flot
soudain de rumeurs. Un changement dans la force de Mosquito était prévu, et
chaque naviguant pouvait se porter volontaire pour intégrer une nouvelle
formation au sein du Bomber Command appelée les Pathfinders. Cela signifiait une
promotion et un nouveau travail intéressant. J'en étais alors au 4ème mois de
mon second tour d'opération et pensai donc essayer quelque chose de nouveau.
Je joignis le 109 squadron à Wyton, mais je découvris que le Mosquito
volerait à 30 000 pieds de nuit pour marquer des cibles à l'aide de l'Oboe.
Là-bas, l'attitude de tous était simplement antipathique de mon point de vue
parce qu'ils se considéraient comme l'élite, alors qu'aucun d'entre eux n'avait
en fait accompli de mission un tant soit peu dangereuse, osée ni complète comme
nous le faisions dans le 2 group - je ne faisais pas grand cas de ces gars-là,
et je n'aimais certainement pas ce boulot."
Ce témoignage ne remet en aucun
cas en cause le travail formidable accompli par les Pathfinders, mais il exprime
en partie le malaise qu'une telle force pouvait susciter.
Les systèmes utilisés par les Pathfinders
:
Le TRE :
Le Telecommunications Research Establishment (TRE) est
comme son nom l'indique un centre de recherche. Ce centre de recherches secrètes
est à l'origine des méthodes de guidage employées par les Pathfinders et plus
généralement les avions du Bomber Command. Les travaux du TRE étaient très
importants car les raids de bombardiers lourds du Bomber Command avaient lieu de
nuit et se développèrent grandement à partir de 1941.
Les prémices :
Avant la 2ème Guerre Mondiale, les Britanniques initièrent
le projet du RDF, qui devait permettre de bombarder, en vol, les formations de
bombardiers ennemis par mauvaise visibilité. Ce système devait permettre de
situer la formation avec précision afin de pouvoir éventuellement la bombarder "
en aveugle ", par exemple à travers une couche nuageuse. Le RDF déboucha sur le
radar, domaine dans lequel les Britanniques acquirent une certaine avance.
Pendant la Bataille d'Angleterre, le radar servit aux Britanniques à
détecter les raids allemands et à pouvoir renseigner la chasse sur la position
des assaillants.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce système
défensif allait être converti en système offensif sous la forme du système Oboe.
Juin 1940 : une station d'écoute britannique détecte un signal inhabituel
sur une fréquence précise. Très vite il apparaît que ce signal est une aide à la
navigation pour les équipages de la Luftwaffe attaquant la Grande Bretagne.
Cette découverte arriva alors que les Britanniques développaient un système
d'aide à la navigation pour les conditions de mauvaises visibilité. Les deux
principes étant très proches, ils s'empressèrent de mesurer l'ampleur de
l'utilisation de ce signal et découvrir de véritables couloirs menant à la
Grande Bretagne et s'étendant au-dessus d'elle. Ces signaux étaient mis en œuvre
par le KG 100, une unité expérimentale de la Luftwaffe.
Les Britanniques
mirent au point des méthodes de brouillage tout d'abord, puis s'efforcèrent de
recréer des signaux similaires afin d'induire en erreur les équipages de la
Luftwaffe. Ces manœuvres portèrent leurs fruits puisqu'elles perturbèrent la
navigation de certains équipages, allant parfois jusqu'à les conduire à se poser
par erreur sur des bases britanniques.
Ainsi les Britanniques purent
récupérer et étudier les systèmes allemands de transmission, ce qui contribua à
développer leurs recherches dans le domaine des aides à la navigation et du
guidage.
Trois systèmes : Gee, H2S, Oboe
Gee :
Le Gee était un système d'aide à la navigation, utilisant
trois stations émettrices au sol, d'une portée de 400 miles (640 km) avec une
précision de 6 miles (10 km). Les résultats obtenus par des bombardiers
uniquement équipés du Gee et l'utilisant pour viser furent décevants. La
relative faible précision du système le rendait inapte à la visée, mais le Gee
permettait aux bombardiers de s'approcher de leur cible avec une précision
raisonnable. La visée devait ensuite être effectuée avec d'autres moyens. Enfin,
le Gee était d'une aide très utile pour rentrer à la base après un
bombardement.
Le système fut généralisé à la fin de mars 1942 sur les
bombardiers britanniques.
H2S :
Utilisé à partir de 1943, le H2S était une sorte de radar
air-sol. Chaque appareil était muni d'un émetteur récepteur qui envoyait ses
ondes vers le sol, afin de fournir au navigateur ou au bombardier une image
précise sur écran du territoire survolé.
Oboe :
Le système de guidage Oboe développé par le TRE et le 109
squadron impliquait pour chaque avion deux stations de guidage au sol, la
position de l'avion étant obtenue par triangulation. Les stations étaient
l'équivalent de stations radar. A l'origine, deux paires de stations étaient
utilisées. On remarque que le nombre d'avions utilisant simultanément ce système
était donc limité à deux pour une même opération.
A partir de septembre
1944, des stations mobiles furent employées sur le continent afin de suivre
l'évolution de la guerre et l'avance des armées alliées. En effet la portée des
stations était limitée par la courbure de la Terre : au-delà d'une certaine
distance, la Terre masquait les ondes à l'avion car les ondes ne suivaient pas
la courbure de la Terre mais se propageaient en ligne droite. Cette distance
variait selon l'altitude de vol, ainsi à 15 000 pieds (environ 5000 mètres) la
portée était de 173 miles (env. 280 km). A 20 000 pieds (6800 mètres) la portée
passait à 200 miles (320 km). Le maximum était d'environ 300 miles (480 km), ce
qui permettait d'atteindre la Ruhr. Néanmoins, avec un avion-relais, la portée
efficace du système atteignait 600 miles (960 km), ce qui permettait de
bombarder Berlin.
Les problèmes de portée dus à la rotondité de la Terre :
|
|
|
Opération dans un
rayon de 250 miles
|
Sortie du champ
d'émission
|
Avion
relais
|
Les stations de guidage Oboe :
La Pathfinder Force est certes composée d'unités navigantes,
autrement dit elle utilise des avions. Mais il ne faut pas oublier que le
guidage de ces avions était assuré par une organisation au sol, avec le 80
Group.
Le système de guidage Oboe développé par le TRE et le 109 squadron
impliquait pour chaque avion deux stations de guidage au sol. A l'origine, deux
paires de stations étaient utilisées, deux vers Tillingham et les deux autres à
Walmer et Worth.
A partir de septembre 1944, des stations mobiles furent
employées sur le continent afin de suivre l'évolution de la guerre et l'avance
des armées alliées, pour compenser les limitations du système dues à la
rotondité de la Terre (cf. les systèmes/Oboe).
Le rayon efficace du système
Oboe était de 300 miles (480 km), avec la possibilité d'atteidre un rayon double
en utilisant un avion relai pour retransmettre les ondes.
La carte permet de
visualiser le rayon efficace du système avec les quatre stations fixes
initiales, en utilisation simple (1er cercle) et avec avion relais (2ème
cercle)
Légende :
1 : bases de la Pathfinder Force 2 : stations émettrices
Oboe 3 : Ruhr
le résultat d'un bombardement avec marquage
par les Pathfinders
Un raid impliquant la Pathfinder Force se déroule de la
manière suivante : les Pathfinders marquent l'objectif, puis la Main Force ("
force principale ", le gros des bombardiers) le bombarde.
La PFF doit donc
tout d'abord trouver l'objectif, puis assurer un marquage efficace. Pour le
marquage, on utilisait dans un premier temps des flares (comme des feux
d'artifice ou des leurres thermiques qui produisent de la lumière), puis les
Target Indicators (TI). Les TI servaient de repères pour les bombardiers de la
Main Force.
Pour trouver l'objectif, les Pathfinders employaient trois
méthodes selon la situation :
1. " à vue "
2. avec le H2S
3. avec le
système Oboe
La méthode visuelle était utilisée avant que les Pathfinders
ne disposent du H2S à bord de leurs bombardiers lourds. Cette méthode se
déroulait de la manière suivante :
1. les Finders (littéralement " trouveurs
") arrivaient cinq minutes avant le début du bombardement, c'étaient les
meilleurs équipages et ils devaient trouver la cible et marquer le point de
visée avec des flares (ils effectuaient plusieurs marquages approximatifs puis
déterminaient lequel de leurs marquages était le plus fiable)
2. les
Supporters étaient en même temps dans la zone de l'objectif afin de constituer
des cibles de diversion pour la flak, et afin d'observer le déroulement des
opérations ce qui constituait une partie de leur formation
3. les
Illuminateurs arrivaient ensuite pour renforcer le marquage du point de visée
choisi par les Finders, en utilisant encore des flares
4. les Primary Markers
(marqueurs primaires) lâchaient alors les premiers TI, ces équipages emmenaient
de très bons bombardiers pour effectuer une visée précise
5. les Backers-up
(littéralement " ceux qui effectuent une sauvegarde ", autrement dit ceux qui
permettent que le point de visée soit visible, et à l'endroit déterminé par les
équipages précédents) marquaient ensuite encore le point de visée avec les TI,
pour que le point de visée soit visible durant toute l'attaque de la Main
Force.
Le H2S permettait de se dispenser de Finders, de même que le
système Oboe.
A partir de 1944, les Pathfinders employèrent également un
Master Bomber, qui dirigeait le raid en dispensant ses instructions par
radio.
Les Target Indicators étaient employés eux aussi selon trois
méthodes différentes, chacune ayant son nom de code :
—La méthode " Newhaven
" : les TI sont largués au sol, en employant la méthode visuelle.
—La méthode
" Paramatta " : les TI sont largués au sol en utilisant le H2S pour déterminer
le point de visée.
—La méthode " Wanganui " : les TI sont largués dans le
ciel, en se fiant au système Oboe ; ce sont alors des TI conçus spécifiquement
pour cet emploi.
Les opérations :
Les premières opérations du système Oboe
La nuit du 20-21 décembre 1942, des Mosquito du 109 sqn
menèrent la première attaque avec le système Oboe, lorsque trois Mosquito du
groupe bombardèrent une centrale électrique en Hollande, à Lutterade. Dans cette
mission, le système Oboe ne fut pas utilisé pour larguer des marqueurs sur la
cible, mais pour déclencher le bombardement lui-même.
Pour ce premier test du
système Oboe en conditions réelles, les cibles allemandes avaient été écartées à
cause de leur éloignement ou de la densité de leurs défenses. L’autre avantage
de la cible choisie était qu’elle avait jusqu-là été épargnée par les raids, et
que la précision du bombardement y serait donc plus facile à déterminer que dans
le cas d’une cible déjà bombardée et présentant donc de nombreux points
d’impact.
Ce premier test ne fut pas une totale réussite, puisque six avions
devaient bombarder la centrale. Le 1er, le 4ème et le
5ème réussirent mais les trois autres eurent des problèmes avec leur
système Oboe et bombardèrent donc Duisbourg (la cible de repli) à vue.
Les
résultats de cette première mission Oboe ne sont pas connus, pour diverses
raisons. Tout d’abord, cette mission a fait l’objet de plusieurs rapports
contradictoires. Ensuite, la cible avait été bombardée avant ce raid et
présentait donc déjà des impacts. Ce fait n’était simplement pas prévu lorsque
l’opération avait été mise sur pieds.
Afin de pouvoir enfin mesurer l’efficacité du système, un
deuxième raid fut mis sur pieds avec trois avions. Il avait pour objectif le
complexe militaire de Florennes, en Belgique, qui regroupait un aérodrome, un
centre de contrôle pour la chasse de nuit, et une école militaire.
De manière
assez surprenante, la résistance belge fut avertie avant le raid. L’objectif
était de pouvoir utiliser des rapports établis par les résistants pour mesurer
la précision du bombardement. En corrélation avec des photos aériennes, on
établit donc que l’une des bombes avait frappé directement le centre de chasse
de nuit, et que les deux autres avaient eu une précision satisfaisante compte
tenu du fort vent.
A la même époque, les Britanniques eurent une occasion
inespérée de mesurer très précisément l’efficacité du système. Le 109 sqn menait
en effet en parallèle aux opérations spécifiques ci-dessus des raids avec le
système Oboe, au-dessus de l’Allemagne. En particulier, la Ruhr était un
objectif vital, un véritable casse-tête pour le Bomber Command à cause de la
densité des défenses et des installations, ce qui perturbait la visée. Par
conséquent, la mise au point du système Oboe était très attendue afin de pouvoir
enfin traiter cet objectif dans de bonnes conditions et avec efficacité. Par
exemple, lors du premier grand raid de 1000 bombardiers sur Essen en juin, le
succès obtenu précédemment sur Cologne n’avait pu être renouvelé car de
nombreux équipages avaient bombardé d’autres villes par erreur.
A Cologne, seule la cathédrale est encore debout
après un raid de 1000 avions
Lors d’une opération sur Essen le 25 décembre 1942, un
équipage retarda de trois secondes le largage de ses bombes après le signal du
système Oboe, et manqua l’objectif. L’affaire fut reprise par les Journaux
allemands car le bombardement avait eu lieu la nuit de Noël et parce qu’un
cimetière avait été atteint. Ainsi les Britanniques purent-ils mesurer l’écart
exact avec la cible, et en déduisirent que le système été mal calibré, avec une
erreur de 300 yards. Cette erreur humaine permit donc paradoxalement d’améliorer
le système.
Peenemünde

Peenemünde avant /
aprés
La nuit du 17-18 août 1943, 600 avions du Bomber Command
attaquent le centre de recherche de Peenemünde sur la Baltique. L’objectif
principal de l’opération était de retarder la mise au point du V2. Pour ce qui
concerne le bombardement à proprement parler, il ne toucha pas toutes les cibles
prévues, à cause d’une erreur de marquage des Pathfinder. En effet ceux-ci
utilisèrent la méthode visuelle, alors qu’il avait été prévu qu’ils
effectueraient une course en ligne droite d’une île donnée jusqu’à Peenemünde en
larguant des marqueurs « au chronomètre ». Si les installations de recherche
furent relativement épargnées, en revanche les unités de production, le camp de
travail obligatoire et la zone résidentielle furent durement touchés. En fin de
compte, le bombardement retarda la production du V2 de deux mois, car le
développement du V2 était à l’époque déjà achevé.
Les batteries côtières

La batterie de Longues après les bombardements. En rouge, le poste
d’observation, en jaune, les canons de calibre 15 cm.
En préliminaire au Débarquement, les Pathfinders
participèrent à la neutralisation du réseau ferroviaire (par exemple à Trappes)
ainsi qu’à celle des batteries côtières représentant un danger pour les forces
d’invasion.
Les batteries côtières étaient particulièrement redoutées, car
il était estimé que leurs puissants canons pouvaient couler une péniche de
débarquement par un seul coup direct. Dans la zone de débarquement, 10 batteries
furent identifiées : Maisy, Mont Fleury, Longues, Houlgate, Merville
Franceville, St Martin de Varreville, La Pernelle, St Pierre du Mont, Ouistreham
et Crisebecq.
La difficulté concernant ces batteries provenait de la
nécessité de maintenir secret jusqu’au bout le lieu exact du débarquement. Dans
ce but (entre autres), les opérations de bombardement préliminaires au
Débarquement ne se limitaient pas à la zone de débarquement proprement dite.
L’opération fut donc montée pour anéantir les dix batteries en une nuit, et
prévue pour la nuit du 4 au 5 juin 1944. A cause du mauvais temps, le
débarquement fut repoussé au 6 (mais cela, les Pathfinders ne le savaient pas…)
et la mission fut donc reportée à la nuit du 5 au 6. Les squadrons 105 et 109
fournirent chacun 25 Mosquito afin de marquer tous ces objectifs, et pour les
cinq premières citées, des Lancaster du 8 Group furent également mis à
contribution.
Les marquages effectués par les Pathfinder permettront à 1136
avions de délivrer 5300 tonnes de bombes au-dessus des batteries, et au matin du
Débarquement, une seule sera en mesure d’opposer une résistance réelle aux
forces alliées d’invasion.
L’opération Manna :
En avril 1945, les Allemands inondent une partie des Pays Bas
afin de retarder l’avance des Alliés. Ces inondations ont des conséquences
catastrophiques sur les cultures du pays, et rapidement les Hollandais manquent
de nourriture. Les Alliés, à partir du 29 avril et ce jusqu’à la fin de la
guerre, ravitaillent alors les Hollandais en leur larguant des vivres. Dans
cette opération, appelée « Manna » (manne), les Pathfinders interviennent en
marquant les zones de largage. Ainsi les bombardiers du Bomber Command peuvent
larguer efficacement leurs cargaisons de… vivres !
Une composition évolutive
La Pathfinder Force a été créée officiellement en juillet
1942 et il a été décidé de la constituer en prélevant des squadrons existants au
sein d'autres groupes, puis a été renforcée et a également été affaiblie,
victime de luttes d'influences et des divergences de point de vue quant à la
manière de mener les opérations de marquage et de
bombardement.
Création de la Pathfinder Force
A l'origine, la difficulté était de doter rapidement la PFF
d'un effectif conséquent et expérimenté. Pour ce faire, on opta pour la méthode
suivante : on préleva des effectifs au sein de chaque group du Bomber Command,
chaque group fournissant ainsi un squadron pour le 8 Group. Cette méthode avait
également l'avantage d'apporter à la PFF une dotation en avions, en effet les
équipages prélevés dans les autres groups apportèrent leurs avions avec eux.
Ordre de bataille de la Pathfinder Force en septembre
1942.
squadron
|
Group d'origine
|
Base
|
avion
|
156
|
1
|
Warboys
|
Wellington
|
7
|
3
|
Oakington
|
Stirling
|
35
|
4
|
Graveley
|
Halifax
|
83
|
5
|
Wyton
|
Lancaster
|
En février 1943, la PFF devient un groupe à part entière, le
8 Group. Son quartier Général est à Huntington.
Avec le développement du 8
Group, apparut une distinction entre deux types de squadrons : les squadrons "
marqueurs ", jouant effectivement un rôle de Pathfinder, et les squadrons de la
Light Night Striking Force. La LNSF est exclusivement composée de squadrons
utilisant le Mosquito.
Le 8 Group récupère le 109 sqn (auparavant
indépendant) et croît par création de nouveaux squadrons ou absorption de
squadrons rattachés à d'autres groupes..
Ordre de bataille du 8 Group en décembre
1943
squadron |
base |
avion |
35
|
Graveley
|
Halifax
|
7
|
Oakington
|
Lancaster
|
627
|
Oakington
|
Mosquito
|
83
|
Wyton
|
Lancaster
|
139
|
Wyton
|
Mosquito
|
97
|
Bourn
|
Lancaster
|
156
|
Warboys
|
Lancaster
|
405 (RCAF)
|
Gransden Lodge
|
Lancaster
|
105
|
Marham
|
Mosquito
|
109
|
Marham
|
Mosquito
|
Le 1409 (Met) Flight est rattaché au 8 Group sur l'insistance
de Benett. Ce Flight équipé de Mosquito est chargé de la reconnaisance météo sur
l'Europe. Benett estime que les informations recueillies par le 1409 (Met)
Flight sont primordiales pour l'organisation des missions PFF, et que par
conséquent les Pathfinder doivent pouvoir en disposer le plus rapidement
possible.
En décembre 1944, il n'y a plus que deux types d'avions en service
au sein du 8 Group : le Lancaster et le Mosquito.
Ordre de bataille du 8 group en décembre
1944
squadron |
base |
Avion |
35
|
Graveley
|
Lancaster
|
83
|
Graveley
|
Lancaster
|
97
|
Graveley
|
Lancaster
|
692
|
Graveley
|
Mosquito
|
7
|
Oakington
|
Lancaster
|
571
|
Oakington
|
Mosquito
|
128
|
Wyton
|
Mosquito
|
1409 (Met) Flight
|
Wyton
|
Mosquito
|
105
|
Bourn
|
Mosquito
|
162
|
Bourn
|
Mosquito
|
142
|
Gransden Lodge
|
Mosquito
|
405 (RCAF)
|
Gransden Lodge
|
Lancaster
|
156
|
Upwood
|
Lancaster
|
139
|
Upwood
|
Mosquito
|
635
|
Downham Market
|
Lancaster
|
608
|
Downham Market
|
Mosquito
|
582
|
Little Staughton
|
Lancaster
|
109
|
Little Staughton
|
Mosquito
|
PFF training unit
|
Warboys
|
Lancaster
|
Le 5 Group, à la demande de son commandant, va récupérer
trois squadrons afin de pouvoir appliquer ses propres méthodes indépendamment du
8 Group.
Ordre de bataille du 8 Group en mars
1945
squadron |
base |
Avion |
35
|
Graveley
|
Lancaster
|
83*
|
Graveley
|
Lancaster
|
97*
|
Graveley
|
Lancaster
|
692
|
Graveley
|
Mosquito
|
7
|
Oakington
|
Lancaster
|
571
|
Oakington
|
Mosquito
|
128
|
Wyton
|
Mosquito
|
163
|
Wyton
|
Mosquito
|
1409 (Met) Flight
|
Wyton
|
Mosquito
|
105
|
Bourn
|
Mosquito
|
162
|
Bourn
|
Mosquito
|
142
|
Gransden Lodge
|
Mosquito
|
405 (RCAF)
|
Gransden Lodge
|
Lancaster
|
156
|
Upwood
|
Lancaster
|
139
|
Upwood
|
Mosquito
|
635
|
Downham Market
|
Lancaster
|
608
|
Downham Market
|
Mosquito
|
627*
|
Downham Market
|
Mosquito
|
582
|
Little Staughton
|
Lancaster
|
109
|
Little Staughton
|
Mosquito
|
PFF training unit
|
Warboys
|
Lancaster
|
* détaché au 5 Group
Il faut distinguer deux types de squadrons dans le 8 Group :
les squadrons équipés de bombardiers lourds (Lancaster…)
les
squadrons équipés de Mosquito
Les squadrons de bombardiers lourds vont se charger d'assurer
le marquage des cibles en utilisant les système H2S ou Oboe. Ce système permet
en particulier de larguer des marqueurs aériens (" skymarkers ") au-dessus
d'objectifs recouverts par les nuages. Plus généralement, les squadrons mettant
en œuvre le H2S traiteront les objectifs hors de portée du système Oboe, qui a
longtemps été concentré sur la Ruhr (et les objectifs dans un rayon de 300 miles
des stations Oboe, cf. 1er cercle de la
carte).
Les squadrons équipés de Mosquito sont eux-mêmes partagés en deux catégories
:
les squadrons " Pathfinder " à proprement parler : 105, 109 et 139
squadrons
la Light Night Striking Force, force légère d'attaque de
nuit
Au sein des squadrons Pathfinder, les 105 et 109 sont chargés
de mettre en œuvre le système Oboe, et leur taille équivaut à 1,5 fois la taille
d'un squadron classique, soit 30 avions au lieu de 20. Le 139 opère en soutien
des 105 et 109, il est chargé du marquage primaire à vue et des opérations de
diversion, et du marquage avec le H2S pour la LNSF. Cette spécialisation des
squadrons permet à chacun d'être plus compétent dans son domaine.
La Light
Night Striking Force a été créée en 1943, avec l'accroissement du 8 Group. Il
s'agit d'une force de nuisance, qui n'accomplit pas uniquement les tâches de
Pathfinder. Les squadrons de la LNSF effectuent des opérations de marquage à vue
en complément des squadrons Pathfinders équipés de systèmes particuliers et des
bombardements nocturnes au dessus des territoires occupés par l'Axe. La LNSF se
rendra célèbre par ses raids sur Berlin et sur les autres grandes agglomérations
allemandes. Cette force ira en particulier plus de 100 fois sur Berlin, dont 34
nuits consécutives ! La régularité de ces missions amènera le personnel de la
LNSF à parler de " Berlin Express ", en parlant de " plate-forme " pour chaque
itinéraire menant à Berlin.
La Light Night Striking Force, en particulier,
mettra en œuvre le fameux " cookie " de 4000 livres (1900 kg).
Les avions de la
Pathfinder Force
Suivant la volonté de Donald Benett, le 8 Group standardisa
sa flotte au maximum, pour n’utiliser que deux appareils en opérations : le
bombardier léger bimoteur Mosquito et le bombardier lourd quadrimoteur
Lancaster. Mais il ne faut pas pour autant oublier que le 8 Group a utilisé
comme le Bomber Command d’autres avions : Wellington, Stirling, Halifax ont
également été intensivement utilisés.
Vickers Wellington
Bombardier moyen bimoteur, le Wellington est issu d’un
programme du début des années 30 pour ce qui était à l’époque un bombardier
lourd. Sa construction faite de tubes entrecroisés lui assurait une grande
résistance aux impacts. Le prototype vola en juin 1936 et les livraisons aux
unités débutèrent en octobre 1938. Les Wellington étaient parmi les principaux
bombardiers de la RAF durant les deux premières années de la guerre, et les
échecs essuyés lors des premiers raids, effectués de jour et avec des pertes
sévères, amenèrent la RAF à se tourner vers le bombardement de nuit. Dans ces
raids nocturnes, le Wellington emportait 2000 kg de bombes à 400 km/h et 5500 m,
avec une autonomie de 2400 km. Certains Wellington emportaient le fameux
« cookie » de 4000 livres. Aimé de ses équipages pour sa capacité à
« encaisser », le Wellington fut remplacé en partie par le Stirling dans le
Bomber Command puis totalement avec l’arrivée des Lancaster et Halifax plus
performants et à la charge opérationnelle supérieure. Toutefois il continua
d’opérer comme bombardier en Méditerranée jusqu’en mars 1945, et jusqu’à la fin
de la guerre comme avion de patrouille maritime. Avec 11461 exemplaires, le
Wellington est le bombardier britannique construit en plus grand nombre.
Short S 31 Stirling
Le Stirling répondait à un programme de 1936 pour un
bombardier lourd emportant un équipage de 7 ou 8 hommes. Il pouvait emporter
jusqu’à 6300 kg de bombes. Entre 1940 et 1943, le Stirling constitua l’épine
dorsale du Bomber Command, puis l’entrée en service des nouveaux Lancaster et
Halifax le poussa vers la porte de sortie et des tâches plus ingrates. Le
Stirling joua alors un rôle important comme avion de transport, et connut sa
deuxième heure de gloire lors des opérations de débarquement en Normandie. Il
fut alors transport de troupes et remorqueur de planeurs.
Handley Page Halifax

Le Halifax est le deuxième meilleur bombardier lourd de la
RAF pendant la deuxième guerre mondiale, après le Lancaster avec lequel il
formait l’épine dorsale du Bomber Command. Moins performant que lui, la Halifax
a connu sur certaines opérations un taux de pertes de deux à trois fois plus
élevé. Comme les autres bombardiers lourds de la RAF, il a opéré principalement
de nuit. Ce bombardier est contemporain du Stirling, puisqu’il a volé seulement
trois mois après lui, mais lui était globalement bien supérieur. Il est entré en
service en mars 1941. Ses qualités lui permirent de servir également comme avion
de patrouille maritime au sein du Coastal Command, ou comme transport de troupes
pour les paras. Le Halifax a été produit jusqu’à la fin de la guerre, et la
version produite en plus grand nombre fut le Mk III. Les caractéristiques du
Halifax sont les suivantes : équipage de 7 hommes, vitesse maximum de 426 km/h,
plafond opérationnel de 7000 m, autonomie de 3000 km, charge de 13 000 livres de
bombes (5890 kg). Le Halifax équipa le 8 Group jusqu’en 1944 où il fut remplacé
par le Lancaster.
Avro Lancaster

Ce célèbre bombardier quadrimoteur, aux succès retentissants,
fut paradoxalement le résultat d’un bombardier raté, le Manchester bimoteur.
Avro n’avait néanmoins pas attendu l’échec du Manchester pour en proposer une
variante quadrimoteur, mais cette option avait été laissée de côté. L’étude du
Lancaster fut donc menée parallèlement à celle du Manchester quoique avec moins
de moyens. Les calculs montrèrent rapidement que le gain apporté par cette
version par rapport au Manchester était significatif, et des discussions étaient
menées avec l’Air Ministry en août 1940. A la même époque, l’Air Ministry décida
que les bombardiers de la RAF seraient tous des quadrimoteurs, puis qu’une fois
les 200 Manchester de la première commande livrés, Avro construirait des
Halifax ! Avro émit immédiatement une contre-proposition, proposant de
construire des Lancaster. Cette proposition était possible grâce aux études très
avancées sur le Lancaster, et grâce au fait que le Manchester et le Lancaster
étaient très proches. Par conséquent il était facile de transformer les chaînes
de montage de Manchester pour construire des Lancaster. Beaucoup plus facile que
de les convertir pour la fabrication d’un avion totalement différent comme le
Halifax. En novembre 1940 les faiblesses du Manchester incitèrent l’Air Ministry
à autoriser enfin le développement du Lancaster. Le prototype, un Manchester
modifié, vola pour la première fois le 9 janvier 1941. Le Lancaster fut livré en
unité à partir de décembre 1941 et effectua ses premières missions en ars 1942.
Sa charge de bombes dépassait les 12 000 livres, et certains avions spécialement
modifiés emportèrent des bombes Tallboy de 12 000 livres (pour les objectifs
durcis), ou Grand Slam de 22 000 livres (pour le Tirpitz). Les performances du
Lancaster : une vitesse de plus de 300 mph (480 km/h) à 18 000 pieds (6 000 m).
Si le Lancaster est célèbre pour ses raids comme celui sur
les barrages de la Ruhr (avec les « Dambusters », briseurs de barrage), il l’est
aussi par ses performances supérieures à celles des autres bombardiers lourds du
Bomber Command. Toutefois, il semble qu’il nétait pas le plus confortable pour
ses équipages. Le Lancaster fut utilisé pour le marquage jusqu’à la fin de la
guerre par le 8 Group.
De Havilland DH 98 Mosquito
Cet avion qui fut incontestablement l’un des plus polyvalents
de la seconde guerre mondiale, n’est pas né d’un programme officiel et n’était
pas désiré par la Royal Air Force. Le projet fut une initiative privée
particulièrement clairvoyante. Son constructeur, De Havilland, était reconnu
pour ses avions légers et ses avions de transport de construction mixte (métal
et bois). En 1938, lorsqu’il proposa à la RAF de construire un avion de
bombardement ou de reconnaissance dont la rapidité lui permettrait de se passer
d’armement défensif, on lui répondit qu’il était plus utile comme sous-traitant
pour les autres constructeurs de
bombardiers.
Le projet fut poursuivi sous forme privée, et ses caractéristiques furent
précisées :
Equipage réduit à deux
Pas de tourelles
défensives
Deux Rolls Royce Merlin comme motorisation
1000
livres de bombes
rayon d’action de 1500 miles
une vitesse
équivalente voire supérieure à celle du
Spitfire
De plus, De Havilland décida de le construire en bois, ce qui
permettait d’une part d’économiser les matériaux stratégiques, et d’autre part
d’employer tous les ouvriers du pays sachant travailler le bois. Précisément, la
construction de la structure et du revêtement du Mosquito ne nécessitait que 127
kg de métal. C’est le besoin pour un avion de reconnaissance qui entraîna une
première commande pour 50 avions de reconnaissance et de bombardement, qui fut
finalement passée le 25 novembre 1940. Le même jour le prototype -construit
secrètement- effectua son premier vol. Les essais officiels en février 1941, à
Boscombe Down, démontrèrent le bien-fondé du concept et les performances de
l’appareil. Ainsi sa vitesse de 630 km/h à 1800m était supérieure à celle du
Spitfire. Les développements du Mosquito donnèrent des versions de
reconnaissance, de bombardement et de chasse, avec des améliorations continues :
moteurs à double étage de compresseur pour une altitude et une vitesse
opérationnelles augmentées, une charge de bombes doublée, des radars air-air
etc. suivant les types. Entre 1940 et 1950, 7781 Mosquito furent construits.
Parmi quelques missions restées célèbres, on peut citer le bombardement du QG de
la Gestapo à Oslo, du Schellhaus à Copenhague, de la Prison d’Amiens, ou encore
les premiers raids sur Berlin, perturbant les discours de Göring et Göbbels le
31 janvier 1943. N’oublions pas les missions de reconnaissance vers la Norvège à
la recherche du Tirpitz en 1944. Pour les missions Pathfinder, les Mosquito en
version de bombardement (B IV, B IX, B XVI, B XXV), pouvaient emporter des
équipements spéciaux tels le Gee, le H2S ou le Oboe, ainsi que divers systèmes
pyrotechniques destinés à marquer les objectifs. Le rayon d’action du Mosquito
était tel qu’il lui permettait d’atteindre Berlin et des objectifs en Europe de
l’est.

Cette photo représente un Mosquito B IX « Oboe » du 109 sqn.
Cet appareil a la particularité d’avoir son nez vitré peint, de même que les
vitrages supérieurs du nez. Cette peinture a été appliquée pour des raisons de
confidentialité (ainsi au sol on ne peut voir le système Oboe situé dans le nez
de l’appareil), et pour des raison de sécurité (en vol, le risque pour
l’équipage d’être ébloui par les projecteurs de DCA est diminué). Il apparaît
cependant que tous les Mosquito « Oboe » n’étaient pas ainsi
peints.
fevrier 2001 Paul
Rebuffat
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